"Rester, c'est exister : mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud
Selon un adage célèbre, « celui
qui n'a jamais gravi la grande muraille n'est pas un homme
véritable ».
C'est la visite incontournable du pays.
Elle ondule à perte de vue sur 6 700 km, soit près d'un sixième de
la circonférence de la terre. Une légende initiée par des
astronautes disait qu'elle était visible de la lune, mais en réalité,
ces derniers l'avaient confondue avec le fleuve Yangzi. La construction de la grande muraille exigea le labeur de nombreux ouvriers pendant plusieurs siècles. Ce fut un travail colossal ! Plus
d'un million d'ouvriers périrent, dans des conditions exécrables.
Mais la muraille ne réussit jamais à contenir l'invasion de Gengis
Khan et des Mongols. Cependant, c'était un lieu stratégique qui permettait aux vigiles de signaler à la capitale les mouvements des troupes ennemies, en émettant des signaux de fumée depuis les tours de guet. Cette muraille était aussi une voie de circulation empruntée par les caravaniers qui échangeaient leurs marchandises d'Est en Ouest. Au 19ᵉ
siècle, la muraille tomba en désuétude, des pans entiers
s'effondrèrent et les villageois utilisèrent les matériaux pour construire
des bâtiments dans les fermes. C'est à la mort de Mao que les autorités entreprirent
de restaurer de larges tronçons, pour lui redonner toute sa
splendeur.
A notre réveil, c'est la stupeur, il a
neigé dans la nuit. Mais pas le choix, il faut y aller, car le lendemain, nous
partons pour la Corée du Sud. Nous prenons le premier
bus, direction la grande muraille. En arrivant sur les lieux, c'est un peu
la déception, un brouillard épais obstrue le panorama. Mais la
neige sur les remparts, la rend encore plus belle et mystérieuse.
Nous profitons, seuls, de cette incroyable merveille.
Nous débarquons à la métropole
pékinoise, avec l'intention de profiter au maximum de nos derniers
jours en Chine. Nous nous installons dans une charmante guest house,
tout près de la place Tian'anmen, dans un hutong (ruelles
étroites). Ces quartiers, flanqués de Siheyuan (demeures
traditionnelles), sont l'emblème du vieux Pékin. C'est un peu l'âme de la capitale qui tente de résister à l'avancée
fulgurante de la modernité. Elles firent leur apparition après que
Beijing fut dévasté par les armées de Gengis Khan. Les hutongs sont orientés d'Est en Ouest afin de respecter les
préceptes du feng shui. Première visite, la célèbre cité
interdite. Nous
l'avions aperçue une première fois dans le film : le dernier empereur. Pendant 500 ans, elle fut interdite
d'accès, ce qui justifie son nom. Autrefois, y pénétrer sans autorisation se soldait par
une exécution immédiate.
Nous y accédons par la porte Qianmen,
puis par la place Tian'amen (porte de la paix céleste), où trône
le portrait de Mao. Elle couvre 40 hectares et serait la plus grande
du monde. C'est ici que Mao proclama la république populaire de
Chine. Elle fut le théâtre désolant d'une répression brutale, le
4 juin 1989, lorsque des chars et troupes armées en délogèrent des
milliers d'étudiants pacifiques. Nous avons en mémoire la célèbre
photo, prise par Jeff Widener, montrant l'homme qui voulait arrêter les chars.
Aujourd'hui, la place est cernée de policiers et truffée de caméras et les
sacs sont passés aux rayons X
Après 16h00 de train, nous arrivons à Xian, capitale du
Shaanxi, voyage plutôt confortable ! Nous réveillons
la guest house, car il est 5h00 du matin. Après une petite sieste
pour tester le matelas et un bon petit dej dans le quartier musulman,
nous partons à l'assaut de l'armée enterrée de Xian. Nous évitons
les ignominies des vendeurs de tours organisés, et filons dans un bus
public. Une fois n'est pas coutume, depuis notre arrivée en Chine,
le prix de l'entrée a encore augmenté ! Cette déconvenue oubliée, nous commençons la visite par le bâtiment des chars, où
nous avons pu admirer deux chars en bronze et leurs 4 chevaux, des
statues intactes et des peintures. Ensuite nous enchaînons avec les
fosses 2 et 3. Il ne reste plus grand chose, car les sites furent
pillés pour récupérer les armes, puis incendiés.
Avant de quitter Emeishan, nous allons
découvrir le plus grand Bouddha du monde à Leshan. Rien que ça !
Sculpté à flanc de falaise, le grand Bouddha, assis, serein, est la
fierté de Leshan. Il avait été réalisé pour protéger les
bateliers, des tourbillons de la rivière. Nous commençons la visite
par le temple Lingyun et celui de Daxiong. Des pèlerins y font
brûler de l'encens.
Après ces 3 jours de transport, nous avons hâte de nous dégourdir les
jambes. Nous décidons de nous
arrêter à Emeishan pour effectuer une randonnée au mont Emei. Pour les bouddhistes, c'est l'une des 4 montagnes sacrées de Chine.
Nous débutons notre trek au temple de Wannian (1020 m), dans la
brume et dans le froid. D'entrée, des escaliers raides nous cassent
les jambes. Nous sommes quasiment seuls sur le parcours, la plupart des chinois visitent le temple puis s'en vont. Nous progressons
à un bon rythme … la brume est de plus en plus épaisse, et nous
commençons à apercevoir un peu de neige au fur et à mesure de
notre avancée. On nous propose des bâtons pour nous défendre
contre les singes, mais nous avons déjà ce qu'il nous faut, et des
crampons pour accrocher la glace … euh accrocher la glace ?!
C'est une arnaque ? Nous décidons de nous en passer, nous
verrons bien par la suite. Nous passons le temple Chu (1740 m) où un
petit groupe de chinois qui s'apprête à poursuivre l'escalade, nous
observent avec des yeux écarquillés.
Dès potron-minet, nous quittons
Lijiang pour rejoindre Shangri La, la ville qui marque le début du
monde tibétain. De vastes pâturages et des montagnes aux cimes
enneigées nous entourent. Malheureusement, la ville n'a
plus rien de tibétain. Les promoteurs chinois ont débarqué !
Même la vieille ville a été refaite à l'image de Dali et Lijiang
…. pffff ! Il subsiste quand même quelques ruelles au
charme d'antan. Mais, pour nous c'était la porte d'entrée dans la région du Sichuan. Nous
souhaitions réaliser un trek dans le parc de Yading, et ensuite
rejoindre Chengdu, en traversant de nombreux villages tibétains
(Xiangcheng, Daocheng, Riwa, Litang …) hauts perchés, qui ont su
préserver leurs traditions. En plus, nous pourrons assister et peut
être participer au nouvel an tibétain. Un beau programme en
perspective …
Mais le gouvernement chinois en avait décidé
autrement ! Car en voulant acheter nos billets de bus, la
guichetière nous indique que toute la zone est interdite aux
étrangers, pour une durée indéterminée, sans

Nous prenons le premier bus pour
Qiaotou, village de départ pour le trek des gorges du saut du tigre,
un des plus célèbres trek de Chine. Son nom provient d'une
légende, celle d'un tigre qui aurait franchi d'un bond le Yangzi
pour échapper à un chasseur. Nous nous délestons de notre sac chez
Jane's guesthouse, et après un rapide déjeuner, nous débutons
notre randonnée. Nous avons de la chance, le beau temps est de la
partie. Au début nous longeons une route, puis rapidement nous
bifurquons vers un sentier et commençons notre ascension. Une vue
magnifique sur le fleuve Yangzi, aux eaux couleur jade, s'offre à
nous. Puis nous nous enfonçons dans les gorges considérées comme
les plus profondes de Chine (soi-disant les plus profondes du monde).
Nous traversons un premier village, où la population est très
souriante et très avenante. Nous avons même le droit à des
« hello ». Sur notre chemin, une mamie avec un pure
style, nous interpelle et nous tend son cahier d'écolier où il est
écrit en anglais qu'il faut soit lui faire un don ou lui acheter
quelque chose. Elle nous présente fièrement sa mallette remplie de
marijuana et d'ustensiles qui
Notre bus nous dépose sur une grande
avenue … à ce moment là, grand moment de solitude. Nous ne
savons pas où nous sommes, car la rue n'est pas sur notre plan. Nous
demandons à un taxi, de nous déposer à l'adresse d'une guest
house, il refuse et nous indique le chemin en chinois, la gestuelle
en prime. Nous sommes sauvés ! Évidemment nous nous perdons.
Nous interpellons les gens dans la rue, personne ne nous indique le
même chemin. Nous finissons par rencontrer des touristes thaïlandais
qui parlent anglais, et qui avant la tombée de la nuit, nous sauvent
la mise. Dans une ruelle de la vieille ville, nous découvrons notre
charmante guest de style Naxi. Les Naxi sont des nomades venus des
confins du nord du Tibet, ils se sont sédentarisés dans la région.
La vieille ville est un grand labyrinthe piétonnier aux ruelles
tortueuses, bordées d'anciennes maisons basses. De nombreux petits
canaux serpentent la ville. Les habitants y lavent leurs linges
tandis que d'autres s'y lavent les dents.
Réveil difficile, après notre folle
soirée en compagnie de notre ami chinois ! Nous sautons dans un taxi
direction la gare routière où nous trouvons aisément notre bus
pour Dali … C'était presque trop facile ! La ville de Dali
est cernée par les montagnes Cangshan et le lac Erhai. Les habitants
de cette région sont en majorité des Bai, un peuple qui se serait
installé dans la région il y a trois millénaires. La vieille ville
a été quasiment reconstruite dans le style de l'époque. Elle est
entourée par des remparts et possède des ruelles pavées et des
portes médiévales.
Malheureusement c'est
devenu un disneyland chinois. De nombreux magasins vendent les mêmes
3 heures du matin … le réveil sonne,
dans quelques heures, nous serons en Chine. Quelle excitation !!!
Nous sautons dans un taxi pour l'aéroport. Celui-ci n'est même pas
ouvert, pour notre arrivée. La zen attitude prédomine aussi à
l'aéroport. Après un rapide contrôle à la laotienne, enfin nous
embarquons. Direction l'Empire du Milieu, à Kunming, la capitale du
Yunnan, surnommée la cité de l'éternel printemps pour la clémence
de son climat. En sortant de l'avion, passage obligatoire par la
redoutable douane chinoise. En voyant nos passeports français, le
douanier s'est senti obligé de faire un excès de zèle, en nous
posant diverses questions et en examinant minutieusement nos
passeports, pendant de longues minutes. Pour enfin, nous faire
un grand sourire en nous disant : « Welcome in
China ». Nous récupérons nos bagages, et échangeons quelques
dollars en RMB (Yuan). Après avoir déjoué la fameuse arnaque au
faux taxi, nous patientons un long moment pour en avoir un, car ils
sont nombreux ces chinois, en espérant que notre chauffeur
comprendrait l'adresse de notre guest house. Heureusement, l'adresse
est écrite en chinois. Il nous dépose, et première difficulté
avec le gérant qui ne parle pas un mot d'anglais et nous pas un mot
de chinois. Dans la bonne humeur, nous arrivons à nous comprendre
par gestes … en même temps rien de compliqué, nous voulons juste
une chambre ... Mais cela donne le ton pour la suite. Nous décidons
de nous aventurer tout de suite dans cette petite ville d'un million
d'habitants.